Programme 6 : Éloge et description des lieux

La description et l’éloge des lieux comme méthodes et principes du laboratoire d’invention des territoires

Ilaria Agostini, Hélène Guérin, Daniel Bartement, Daniele Vannetiello

 

Que deviennent la description et l’éloge des lieux, genre commun à la géographie et à l’histoire de l’art et de l’architecture, à l’heure des « écrans » généralisés ?

Quels rôles jouent ces procédés dans les résistances aux dé-territorialisations contemporaines ?

Renouer avec ces procédés fondateurs de nos disciplines permet-il d’éviter de fabuler le catastrophisme ou son envers, la « transition » écologique ?

Ce programme rassemble des historiens d’art, architectes et géographes, enseignants-chercheurs et doctorants mais est ouvert à toutes les disciplines. Il se développe essentiellement à partir de terrains situés dans deux grandes aires, la « Méditerranée centrale » et l’Extrême-Orient », et entend renouer avec des pratiques anciennes, l’ekphrasis et l’encomium.

Depuis Pausanias, il est établi que géographie et histoire de l’art ont en commun la description et l’éloge des lieux. Deux pratiques qui fondent une responsabilité des géographes et des historiens d’art envers leurs objets respectifs, les œuvres et les lieux, les lieux considérés comme œuvres, et les œuvres considérées comme lieux. Ces pratiques sont fondamentales dans l’invention des territoires. Invention considérée dans ses deux acceptions, et territoires entendus comme espaces appropriés, selon la définition canonique proposée par Yves Barel et Michel Marié en 1986. Précisons, un territoire est un espace rendu propre à un usage, et peut être aussi un espace approprié juridiquement.

Il est ici proposé d’explorer le rôle de ces disciplines et de ces méthodes dans l’établissement d’entités territoriales, depuis le « XIXème siècle avec la naissance de la critique d’art et du tableau régional » (André Chastel, 1984) jusqu’aux Z.AD. contemporaines et autres formes de refus de déterritorialisations. L’opposition entre « iconographie » et circulation » révélée par le géographe Jean Gottmann visait à répondre à la question du « cloisonnement du monde ». La reformuler aujourd’hui, c’est interroger la mondialisation: l’iconographie assure la stabilité de l’entité territoriale (à différentes échelle, d’un quartier à une nation en passant par la ville et le « pays ») ; la circulation des hommes, des marchandises et des capitaux, elle, dissout ces entités.

 

Les terrains et travaux

 

Depuis novembre 2021, deux séminaires largement ouverts à des élus, des associations se sont tenus, le premier le 27 novembre 2021 présentant notre programme, le deuxième se déroulant pendant deux jours en deux lieux, Saint-Charles et Villemagne l’argentière, ayant pour propos la littérature épique persane et l’invention des lieux ainsi que de croiser les regards franco-iraniens sur l’eau et les paysages.

Une journée thématique d’échanges du Réseau Paysage Occitanie animé par la DREAL et les CAUE d’Occitanie a été organisée le 24 mai 2022 et nous avons participé à l’organisation de la journée de formation le 17 juin 2022 des services et conseils de l’État « Paysage, architecture, patrimoine, quelle stratégie d’adaptation face au changement climatique ? »

 

Les terrains sont situés dans deux grandes « aires régionales », la « Méditerranée centrale » et l’ « Extrême-Orient » et tout au long du trait d’union qui les relie, la « diagonale aride » du M’zab au Takla Makan.

Pour la première entité, la « Méditerranée centrale », nous la considérons sous quatre aspects :

 

  • Comme lieu d’élection et d’invention du tourisme

Le tourisme est à appréhender comme une mobilité distinguante et distinctive, et comme outil de destruction des territoires. Aujourd’hui, le vaste « sacco del mondo » qui résulte du tourisme, c'est-à-dire de la marchandisation généralisée de la planète, est bien un anti-urbanisme. Il semble que la question de la nature et de la culture du lieu touristique soit à re-poser . Quelles sont aujourd’hui les « iconographies » les imaginaires qui autorisent des perspectives de résistances dans les lieux saisis par le tourisme ? Quels sont les contre-projets capables de dessiner et de définir des alternatives désirables, souhaitables et possibles? Parmi les travaux d’Ilaria Agostini, (Firenze fabbrica del turismo La Città invisibile 2021
 

  • Comme « area study » (Jean  Gottmann, BISS UNESCO 1951) et plus encore comme terrain de transformation des territoires à travers la mise en place de la Compagnie nationale d’aménagement du Bas-Rhône, du Plan Sardaigne et de la Zone pilote de l’Épire. Travaux de Daniel Bartement sur le Fonds Philippe Lamour.
     
  • Comme laboratoire d’élaboration du « bio-régionalisme »

Le Bio-régionalisme comme théorie et comme pratique sur le terrain d’une « planification par en bas » Cela est le prolongement de ce qui est né lors du colloque Patrick Geddes un pionnier de l’écologie urbaine à Montpellier co-organisé par Hélène Guérin, Anne Sistel et Daniel Bartement, avec la participation des territorialistes italiens. Se dessinent de nouvelles coopérations de recherches-actions. Un fil rouge relie ces nouvelles coopérations, celui de l’ambition d’augmenter la conscience territoriale des habitants, fidèle à la matrice territorialiste. Et les moyens de le faire passent par l’élaboration d’un guide à la réhabilitation des paysages et de l’habitat rural en participant au « Réseau Paysage Occitanie» avec la DREAL Occitanie, le réseau des CAUE Occitanie, l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Toulouse et l’Université Jean-Jaurès Toulouse 2.

 Travaux de Daniele Vannetiello dans le cadre de «l'école territorialiste italienne» dirigée par Alberto Magnaghi, qui contribue à la construction d'une théorie de l'aménagement du territoire à différentes échelles (architecture, ville, territoire) à la lumière de la triade vitruvienne / albertienne firmitas / necessitas, utilitas / commoditas, venustas / concinnitas et voluptas.
 

  • Comme terre d’invention du tableau régional fondant une (id)entité territoriale :

La Sicile pré-unitaire, lieu du roman régional, chapitre du credo national.

Travaux d’Hélène Guérin sur le legs et les fonds Sabatier. Fonds Amari BNCRS, Bib. Communale Palerme. et à venir à la Bib. Ac . dei Lincei Roma

 

 

La « diagonale aride » : Programme « Oasis »

Des Oasis de la Méditerranée à ceux de la« plus que Méditerranée »

Le programme associe l’université de Ghardaïa au M’zab, l’université Ferdowsi de Mashad (Iran), l’université de Bologne, avec le soutien du Service de coopération universitaire et scientifique de l’Ambassade de France en Algérie.

Premier colloque international prévu en mai 2023.

 

Dalian (Liaoning, République Populaire de Chine)

La « modernité urbaine » en Chine 

Si Shanghaï est présentée comme la « modernité urbaine » en Chine, c’est Dalian, ville fondée par les Russes en 1901-1902 , structurée comme tête de pont industrialo-militaire par les Japonais de 1925 à 1945, puis occupée par les Soviétiques jusqu’en 1949  qui a été choisie lors de sa réappropriation chinoise par Mao comme « Ville modèle » du socialisme urbain. Nous avons développé avec Yinan Wang, docteur en géographie, directeur de la communication du Parc des technologies avancées du Liaoning, l’analyse de cette cité à l’histoire urbaine courte mais dense, dont les derniers développements s’inscrivent dans la perspective du « développement durable » et de la « Cité-jardin ». Serait-il possible que la « Cité-Jardin » d’Ebenezer Howard devienne le nouveau paradigme de l’urbanisme en Chine ?

(I.Agostini, H. Guérin, D. Bartement, D. Vannetiello)

 

Kyushu, Japon

La place des kote-e dans le « roman régional » du Kyushu : Les Kote-e de la province d’Oita au Japon.

À la suite du programme « Jori de Nakatsu » », Hélène Guérin poursuit son travail sur ces ornements des façades des demeures rurales, et parfois des commerces, les kote-e apparus sous l’ère Meiji qui font partie aujourd’hui des figures du roman régional de la province d’Oita. Ces kote-e sont pour certains conservés au musée provincial d’Oita, accédant ainsi au statut d’objets patrimoniaux pendant que ceux qui sont in situ se dégradent et que d’autres voient le jour, notamment sous la forme d’enseignes. Ils servent de supports à des itinéraires touristiques, et leurs inventaires et études permettent d’éclairer le nouveau rapport au passé qui se fait jour au Japon. La connaissance du cadastre du Jori, et des kote-e ont un impact dans la construction du rapport au passé, et permettent de saisir la narration identitaire qui se développe dans l’île afin de comprendre un aspect de la figuration de lui-même que le Japon actuel est en train d’élaborer.

 

Dernière mise à jour : 01/07/2022