Programme 5 : Le discours sur les territoires

Ce programme s'inscrit particulièrement dans le territoire occitan.

La représentation des territoires passe par le discours, qui est déjà une action. Pierre Casado poursuivra l'étude des toponymes sur l'aire géographique du Languedoc oriental en croisant les apports procurés par la linguistique historique, la lexicographie, l'archivistique et l'histoire rural médiévale et moderne. Les toponymes émanent d'une communauté qui s'approprie son territoire en le dénommant, dans un double conflit entre langue dominante et langue dominée, entre langue écrite et langue orale. Les recherches précédentes a permis l'établissement d'un atlas diachronique mettant en évidence les variations dans le recul de l'occitan et l'avancée du français et la réalisation d'un fonds documentaire numérisé d'archives communales, les compoix, accessible sur le site de l'unité de recherche. Les deux projets continueront d'être alimentés.

On s'intéressera aussi au discours de ceux qui ont pensé et pensent l'espace, ainsi Patrick Geddes, esprit novateur dans les domaines de la géographie, de l'urbanisme et de l'écologie par sa pratique de l'interdisciplinarité et son souci constant de développer une éducation populaire. En lien avec l'École d'architecture de Montpellier et la MSH-Sud, Daniel Bartement a organisé en juin 2019 un colloque qui marque une étape importante dans l'étude du fonds Geddes, légué à la Bibliothèque Universitaire. Le legs de la bibliothèque de Philippe Lamour va aussi permettre à D. Bartement de conduire l'analyse de la pensée et du développement économique du Languedoc. L'approche comparative permettra non seulement de déconstruire la mémoire collective de ces deux personnalités, mais aussi de conduire une réflexion épistémologique sur les disciplines qu'ils ont pratiquées.

Tous ces enjeux se retrouvent dans un cas particulier mais significatif, l'aménagement du littoral languedocien dans le cadre du projet Racine (qui développe le tourisme) étudié par Jean-François Pinchon, en particulier pour la question de l'intégration ou de la rupture des constructions nouvelles par rapport au paysage et aux villages languedociens.

On le voit, les recherches conduites dans ce thème soulignent l'imprécision du terme territoire en analysant au contraire le réseau complexe de notions qui le font exister. Ces réflexions, cependant, ne sont pas sans lien avec les actions politiques contemporaines pour les territoires qui visent au contraire à ancrer le territoire dans une identité souvent anhistorique et presque toujours conflictuelle. Mais elles les subvertissent en réintroduisant les territoires dans l'histoire et leur complexité symbolique. Les études onomastiques et historiques répondent ainsi à un intérêt croissant de nos contemporains pour un ancrage local qui 'fait sens', les programmes archéologiques intègrent la participation des populations locales et ont pour objectif la conservation patrimoniale dans l'environnement urbain. À une échelle plus large, les travaux en géostratégie présentent un enjeu manifeste dans le monde d'aujourd'hui. Toutes révèlent le territoire dans sa dimension de palimpseste.