Programme 6 : Définir l'épique

Les quatre thèmes qui structurent CRISES ne sont évidemment pas étanches.  Les chercheurs (et leurs résultats) se regroupent dans les configurations sans cesse renouvelées que sont séminaires, journées d'études, colloques et publications. Porté par Flore Kimmel-Clauzet, le projet « Définir l'épique » en est un excellent exemple. Il se situe dans la continuité des thèmes 1 Societas, représentations collectives et lien sociale et 3 Quid Novi ? changements et devenirs des formes et des savoirs.

Il s'agit d'analyser la construction – et la déconstruction – de l'idée d'épopée comme genre littéraire à travers les siècles, en s'appuyant sur les figures d'autorité, aussi bien représentants du genre (eg. Homère, Virgile, Victor Hugo), que théoriciens du genre (eg. Aristote, Boileau, Voltaire, Hegel, Nietzsche, Genette, Todorov, Nagy), qui constituent les points d'ancrage de cette réflexion. On interroge ainsi certains aspects particuliers de la théorisation du genre de l'Antiquité jusqu'à nos jours, comme la constitution de canons littéraires autour de figures emblématiques incarnant le genre et définissant un horizon d'attente concernant les nouvelles productions, les critères de classification générique et de distinction d'autres genres et leurs remises en cause au fil des siècles.

Une analyse des formes renouvelant le genre est aussi prévue, en interaction avec l'équipe du GRATa, qui travaille actuellement à la publication de la première épopée biblique de Juvencus. Elle impliquera des chercheurs des périodes classique, tardive et médiévale, autour des épopées païennes de l'Antiquité tardive (Quintus de Smyrne, Suite d'Homère), épopées bibliques et hagiographiques, épopées carolingiennes, épopées animales comme l'Ecbasis cuiusdam captivi ou l'Ysengrimus puis chansons de geste, mais aussi épopées "néo-classiques" comme l'Alexandréide de Gautier de Châtillon, que l'on préféra même à Virgile pendant un temps, et bien sûr l'Africa de Pétrarque. Elle visera à déterminer quelles sont les caractéristiques de forme et de fond maintenues dans ce corpus, car perçues comme définitoires de l'épopée.

Il sera ainsi possible d'éclairer d'un nouveau jour, en prenant appui sur les réflexions antiques, un certain nombre de crises historiographiques, dont la plus célèbre – mais non la seule – est sans doute la question homérique (elle-même constituée en réalité de multiples crises d'autorité).

Ce projet associe non seulement des enseignants-chercheurs de Lettres classiques, de Lettres modernes, de Littérature comparée ou de Littératures étrangères, mais aussi des enseignants-chercheurs d'Histoire, en particulier antique, byzantine et médiévale et d'Anthropologie. Il a donc vocation à permettre des échanges avec la plus grande partie des équipes de l'ED 58 et avec le LabEx Archimède. Le groupe de travail en train de se constituer (qui comprend déjà, pour l'UPV, Marie Blaise, Anne Fraïsse, Aline Estèves, Flore Kimmel-Clauzet, Suzanne Lafont, Jean Meyers et Sylvie Triaire) met en place un séminaire et un calendrier de journées d'études (avec publication des actes) et prévoit, outre des éditions et des traductions de textes, la publication de monographies.

Le premier colloque international, commun au programme « Définir l'épique » et au GRATa, se tiendra en 2022 et portera sur le renouvellement du genre dans les épopées bibliques et médiévales (grecques et latines). Il sera co-organisé avec l'équipe CERILAC de l'Université Paris VII (J. Fr. Cottier).

Le programme comprend enfin la rédaction collective d'un Dictionnaire encyclopédique de l'épopée, de l'Antiquité à nos jours. Le dictionnaire associera les œuvres se réclamant du genre épique (ou y étant rattachées par la critique) et les théories de l'épopée. La publication visera une double audience : le grand public (par sa dimension descriptive : présentation des œuvres, auteurs, thèmes ou personnages, mais aussi concepts critiques) et les spécialistes (du fait de sa ligne de force : un questionnement sur ce qu'est une épopée, en quoi des œuvres peuvent être vues comme épiques ou se revendiquent comme épiques).

La programmation de ce travail particulier est envisagée sur l'ensemble du quinquennal. Elle débutera par une année de séminaire, à partir de septembre 2020, pour déterminer l'approche et l'architecture du dictionnaire, établir la liste des entrées et les modalités de rédaction des notices, constituer le réseau d'auteurs collaborateurs. Le séminaire commun, réalisé dans une salle permettant la visio-conférence, permettra aux collègues d'autres universités, de France et de l'étranger, de prendre part à la réflexion sans être contraints de se déplacer.