Programme 6 : La représentation des émotions

Coordinatrices du programme : Isabelle David, Aline Estèves

 

En termes méthodologiques, il s'agit de réfléchir à la représentation des émotions, en diachronie (soit de l'Antiquité à nos jours) et sur un mode interdisciplinaire (cf. plus bas les domaines de recherche potentiellement concernés), de deux manières :

Sous un angle strictement conceptuel :

  • on se demandera comment est définie l'émotion (par différence par exemple avec les sentiments, la raison, la passion), quels types de textes procèdent à ces définitions et quels sont les éventuels recoupements que l'on peut observer d'un « milieu » de réflexion ou de représentation à l'autre (par ex. entre la rhétorique, les genres littéraires, les représentations imagées, cinéma ou photographie, etc.) ;
  • on observera quelles classifications et codifications peuvent répondre aux différents systèmes de représentation et quelles en sont les articulations réflexives, ou tout au contraire les formes d'impensé éventuelles ;
  • on évaluera notamment la part de la convention sociale, du « formatage » culturel ou de l'expression intime, subjective et « naturelle » intervenant dans ces représentations, et on cherchera à définir les «  pratiques » culturelles mises en œuvre qui témoigneraient d'un « code » émotionnel (cf. par ex. les programmations émotionnelles détaillées par la rhétorique antique, le recours actuel dans les entreprises et le marketing au « story telling »).

Sous un angle thématique :

  • on se penchera sur des « types » d'émotions, pour voir comment elles peuvent être définies sur le long terme (sensations, comportements associés, codifications rhétoriques associant types d'expression et de gestes pour déterminer une réception émotionnelle précise) ;
  • on évaluera les phénomènes de variation éthique ou sociale auxquelles elles sont soumises (valorisation ou incrimination), dans quelle mesure ces appréciations peuvent être le fruit d'un formatage social codifié, ou découler d'une représentation vue comme « naturelle » de l'émotion visée ;
  • on tâchera de mesurer la part éventuelle d'une distinction genrée ; par ex., pourquoi et comment des émotions sont-elles identifiées comme « féminines » ou « masculines », y a-t-il des catégorisations sexuées des émotions aboutissant à une différence en termes de réception sociale — ainsi la colère — ou encore peut-on constater une évolution historique des processus de valorisation/dévalorisation, dans une perspective genrée, ou dans une perspective culturelle plus générale (cf. par ex. la polarité morale autour de la figure féminine de la « badass », valorisée dans la culture populaire contemporaine, mais dévalorisée dans la culture bourgeoise).
  • on pourra enfin porter une attention particulière aux « mauvaises » émotions (horreur, colère, jalousie) et aux stratégies de « purgation » dont témoignent certains discours ou mises en œuvre (notion de catharsis dans l'Antiquité, souvent sollicitée dans les productions culturelles populaires relevant des « sous-genres », lesquels sont du reste souvent discrédités par les « élites » intellectuelles).

Pour interroger finalement la part conventionnelle et la part naturelle qui permettent de structurer la représentation des émotions, mais aussi de faire évoluer cette représentation, différents domaines de recherche pourront être sollicités : lettres classiques, lettres modernes, littérature comparée, philosophie, histoire de l'art, cinéma, sociologie et psychologie, avec une ouverture souhaitée en dehors des sciences humaines et sociales (physique-chimie, biologie).

Ce programme a pour vocation d'associer aux chercheurs de CRISES des spécialistes rattachés à d'autres unités de recherche de l'UPV, issus du RIRRA 21, de l'IRCL, du CEMM, de DIPRALANG, du LLAC, du LERSEM, et d'EMMA. Collaborations extérieures à définir.

Les actions envisagées comportent : un séminaire bi-annuel (avec publication en ligne des communications) ; deux colloques à intervalle biennal, avec publication des actes.