Porteurs : Th. Allain, A. Bérenger, M. Blaise, A. Bourgain, C. Cardon-Quint, M. Fourcade, E. Guillemard, N. Guyard, P. Journoud, P.-Y. Kirschleger, V. Mancuso, F. Pellicer, O. Tinland, S. Triaire, J. Deloye
Prééminence de la théorie sur les approches empiriques ; priorité donnée aux questions économiques, à l’exclusion des autres phénomènes sociaux : telles ont été, jusqu’au début du XXIe siècle, deux caractéristiques dominantes des recherches consacrées à l’argent dans les sciences humaines et sociales. Depuis une vingtaine d’années, de nombreux travaux, en histoire, en sociologie, en anthropologie, en philosophie ont considérablement renouvelé et enrichi la manière dont les chercheurs appréhendent cet objet dans ses dimensions conceptuelles et matérielles. D’une part, les historiens et sociologues des comptabilités ont exploré la diversité des savoirs, pratiques, instruments et institutions impliqués dans la tenue des comptes, déplaçant le regard d’une analyse des données comptables, vers une exploration des conditions matérielles et intellectuelles de la quantification des flux monétaires. D’autre part, la place et les effets de la monétarisation ne sont plus recherchés seulement dans les domaines économiques, mais aussi dans la famille, l’éducation, la religion, la culture, la santé, la science, renouant ainsi avec les intuitions originales de Georg Simmel.
Cet élargissement des perspectives de recherche doit beaucoup aux crises qui frappent la société contemporaine et remettent à nouveau en question les fondements et la soutenabilité environnementale et sociale du capitalisme, tout comme les effets non maîtrisés du pouvoir donné aux savoirs économiques dans la conduite et la transformation des sociétés. Ces nouvelles perspectives font donc entrer de plain-pied l’argent dans le champ des questions travaillées par CRISES, caractérisé par son intérêt pour les ruptures d’équilibre et le caractère mobile des savoirs.
Dans un paysage académique foisonnant, ce programme transversal se donne trois objectifs :
1) Mettre en lumière la place nouvelle prise par les questions monétaires, financières et comptables dans les travaux de différents chercheurs du laboratoire ;
2) Offrir aux chercheurs intéressés un espace de discussion sous la forme, à déterminer, d’un groupe de travail régulier ou d’ateliers ponctuels. Cet espace de discussion sera centré sur les questions méthodologiques et épistémologiques que soulève l’étude des flux financiers dès lors qu’on choisit de prendre au sérieux – et non de pallier ou de dissimuler – le caractère parcellaire, contradictoire et embrouillé des sources disponibles. Il aura aussi pour but de faciliter l’identification, l’accès et la maîtrise d’une bibliographie foisonnante, internationalisée et pluridisciplinaire. Ce groupe constituera et alimentera une collection dédiée dans le SCD Saint-Charles ;
3) Proposer aux chercheurs participant aux quatre thèmes du laboratoire, et relevant de différentes disciplines, de (se) poser la question de l’argent dans leurs propres objets de recherche, via l’organisation de séances de séminaire conjointes. Pourront ainsi être interrogés :
- la place de l’argent dans les rapports sociaux, les représentations collectives, les pratiques artistiques et les religions (Societas)
- l’argent comme instrument et condition de l’exercice du pouvoir à l’intérieur des États, et dans les relations inter-étatiques (Imperium)
- le rôle de l’argent dans la fabrique et la circulation des savoirs et de l’ignorance (Quid novi) ;
- l’argent comme élément de transformation des représentations et des pratiques sociales de la nature, de la monétarisation de la nature à la monétisation de l’empreinte carbone (Natura).



