Colloque
Réflexivités poétiques, poétiques du poème, philosophie
Responsables : Rodolphe Calin (Université de Montpellier Paul-Valéry) et Danielle Cohen-Levinas (Université Paris-Sorbonne)
27-28 mars 2026
Université de Montpellier Paul-Valéry
CRISES (E.A. 4424) / Archives Husserl (UMR 8547 Pays germaniques CNRS/ENS)
Argumentaire
La poésie, depuis le romantisme allemand, est inséparable de la conscience critique qu’elle engage sur elle-même. Elle est, d’emblée, conscience du langage – conscience du fait que le langage donné, celui que le poète trouve devant lui, n’est pas originellement fait pour la poésie. Mais elle est aussi conscience de cette conscience, dans la mesure où, transformant le langage, le poète, ainsi que l’écrivait Ingeborg Bachmann, ne cherche pas seulement une satisfaction esthétique mais à libérer une faculté nouvelle de compréhension. Et c’est pourquoi au langage nouveau du poème correspond un nouvel esprit poétique.
Mais comme cet esprit est l’esprit du poème, la critique qui l’exprime se doit d’être elle-même poétique, c’est-à-dire « poème critique » (Mallarmé), critique poétisée. Elle n’extrait pas l’esprit du poème sans se poétiser, sans mettre sa main dans la main du poème (pour prendre des exemples récents : théorie matérialiste de l’écriture de Meschonnic, art poétique comme manuel selon Beck). Dans la réflexivité seconde de la critique, le poème, œuvre d’une réflexivité première, apparaît en ce sens comme irréductiblement premier, inoubliable (pas seulement matériau d’analyse mais ce qui donne à penser).
Dès lors la critique inséparable du poème est peut-être d’abord la conscience de cette primauté de la poésie, et elle est la philosophie en ce sens, s’il est vrai que, dans l’histoire de la culture, la poésie précède la philosophie et que cette antériorité de la poésie est, pour la philosophie, non un simple fait chronologique, mais une exigence, une tâche, qui lui impose à son tour, pour comprendre le poème, de se poétiser (ainsi la métaphysique poétique de Vico comme métaphysique d’avant la métaphysique, métaphysique ajustée à la pensée poétique), c’est-à-dire de renoncer à se faire la vérité du poème, le lieu où, étant su adéquatement, il serait par là dépassé – ce qui ne veut pas dire pour autant que sa prose serait une simple répétition du poème.

Contact : rodolphe.calin@univ-montp3.fr
Dernière mise à jour : 30/01/2026



