Séminaire Jeux d'échelles

Toute enquête historique suppose un choix d’échelle – locale, régionale, nationale, impériale, globale – qui n’est jamais neutre. Changer d’échelle, ce n’est pas simplement agrandir ou réduire le champ d’observation ; c’est transformer la nature même de l’objet étudié. Un événement perçu comme marginal à l’échelle nationale peut devenir central à l’échelle locale ; des trajectoires individuelles peuvent révéler des logiques structurelles, etc. Penser l’histoire à travers les jeux d’échelles revient donc à interroger un geste fondamental, mais pourtant souvent implicite, du travail historien.

Travailler sur les jeux d’échelles, ce n’est pas simplement changer de focale : c’est comprendre que l’objet historique se transforme avec le cadre d’observation. A l’échelle macro, les structures semblent imposer leur logique et relativiser les singularités ; mais à l’échelle micro, les analyses singulières peuvent fissurer les grandes catégories… Entre ces deux pôles, l’historien ne fait pas qu’alterner les niveaux : il construit des relations, invitant à considérer les décalages, les discontinuités et les effets de perspective produits par le changement d’échelle. Dès lors, la question n’est pas seulement « à quelle échelle faut-il travailler ? », ou « quelle est la bonne échelle ? », mais « que fait l’échelle à l’histoire ? ».

Les jeux d’échelles invitent à une réflexion critique sur nos catégories, nos découpages et nos évidences. Ils transforment l’espace d’analyse en laboratoire méthodologique : un lieu où l’on expérimente les effets du cadrage pour mieux comprendre la fabrique même du récit historique. Ils posent une exigence méthodologique et épistémologique : comment faire du changement d’échelle non un simple outil descriptif, mais un opérateur critique capable de renouveler l’écriture et l’intelligibilité du passé ?

Le séminaire appliquera cette réflexion à l’histoire de l’Occitanie.

Organisation : Pierre-Yves Kirschleger, Philippe Lacombrade et Richard Vassakos (CRISES)

Aborder le Midi par les jeux d’échelles conduit à en faire un objet heuristique. À l’échelle nationale, le Midi peut être pensé comme une périphérie par rapport à un centre parisien ; à l’échelle européenne, il devient un espace d’interface méditerranéen ; à l’échelle locale, il se fragmente en une mosaïque de pays, de villes et de micro-régions aux trajectoires spécifiques. Le Midi de Jules Michelet n’est pas celui des aménageurs contemporains. Le « Midi rouge » des bastions viticoles ou socialistes ne recouvre pas exactement le Midi touristique et patrimonial promu au XXᵉ siècle. Selon l’échelle adoptée, le Midi change de contours, de fonctions et de significations. « Qu’est-ce que le Midi ? ». Comment les variations d’échelle produisent-elles des réalités différentes ? Comment l’historien peut-il articuler ces niveaux sans figer un espace dont l’identité est précisément relationnelle et dynamique ?

La première séance, mercredi 1er avril 2026, permettra d’entendre Stéphanie Maffre (MCF à l’Université Toulouse Jean-Jaurès), Philippe Lacombrade (agrégé, docteur HDR, chercheur associé à CRISES) et Richard Vassakos (agrégé, docteur en histoire, chercheur associé à CRISES).

Contact : pierre-yves.kirschleger@univ-montp3.fr

Dernière mise à jour : 24/02/2026