HiPhiS – Séminaire inter-universitaire d’Histoire et Philosophie des Sciences

Cycle HiPhiS 2020 : Modèles et réalités

L'activité scientifique implique l'élaboration ou l'utilisation de modèles : quelles formes prennent ceux-ci dans les différents champs de la recherche, que ce soit en sciences "dures" ou en sciences humaines ? Comment sont-ils construits ? Se distinguent-ils des théories ? En outre, quels rapports entretiennent-ils avec la réalité visée ? Doit-on parle d'une ou de plusieurs réalités ? En particulier, doit-on distinguer réalité empirique et "réalité en soi" et/ou les réalités des différentes domaines de recherche ? Ce questionnement sur le statut et la genèse des modèles s'inscrit dans l'actualité de la réflexion en épistémologie et l'ouvre à une perspective comparatiste entre les domaines de recherche.

Illustré par une variété d’exemples en sciences (modèle ondulatoire vs. corpusculaire de la lumière ; modèles de l’atome ou de la liaison chimique ; modèle standard de la physique, du cosmos, ou du système Terre…), le terme de modèle recouvre en fait une diversité d’acceptions et d’usages : instance/objet d’une théorie scientifique ; représentation simplifiée ou idéalisée du réel ; simulation (e.g. numérique) ou extrapolation de situations concrètes. Les finalités d’usage des modèles peuvent être heuristiques (explicatives), ou au contraire “balistiques” quand il s’agit d’ingénierie ou d’applications des sciences.

Ainsi, après avoir été une science purement descriptive, la biologie devenue expérimentale utilise aujourd’hui une large variété de modèles prédictifs, descriptifs, représentatifs, explicatifs, à travers lesquels le biologiste construit son regard sur le monde. Par ailleurs, le rapport entre modèle et réalité interroge la nature même de la science économique : étant acquis que les modèles ne sont que des représentations incomplètes de la réalité, quel degré d’irréalisme y est-il acceptable ? Le réalisme des hypothèses doit-il céder le pas à la capacité prédictive ?

Les modèles étant souvent exprimés dans un langage mathématique (en vertu de sa force opératoire), les interactions des mathématiques avec d’autres disciplines suscitent en retour le développement des mathématiques appliquées sous la forme de nouveaux modèles, qui mènent parfois à de nouvelles théorisations mathématiques. La distinction entre mathématiques pures et appliquées a-t-elle alors un sens ? Réciproquement, le développement des mathématiques pures ne pourrait-il être vu comme relevant d’une modélisation intra-mathématique, autrement dit de l’application des mathématiques à elles-mêmes ? En logique mathématique, la théorie des modèles étudie les rapports entre une théorie (une axiomatique) et ses différents modèles (les objets mathématiques qui vérifient ses axiomes), ainsi que les rapports entre eux de ces différents modèles.

Mais les sciences utilisent aussi des modèles hors langage mathématique. Par exemple, la pensée juridique ne cesse de créer des modèles et des catégories méta-discursives pour tenter de clarifier le chaos normatif des règles de droit ; mais par-delà sa vertu pédagogique et heuristique, cette tentative de modélisation reste confrontée à la contingence jusisprudentielle, témoin l’exemple des modèles de justice constitutionnelle que la doctrine tente, non sans difficulté, de dresser entre les cultures judiciaires américaine et européenne. D’autres grandes disciplines utilisent des modèles fondés sur le langage chimique, celui des éléments constitutifs de la matière, où les liens entre modèles et réalité générent les mêmes interrogations ontologiques qu’à propos des mathématiques et de la physique

En savoir plus  

 

Programme 2020

Mardi 3 mars 2020, 17h30, Faculté des Sciences, salle de cours SC-10.01, UM (campus Triolet, bât. 10)

Maël Bathfield, La croyance en l'immobilité : Zénon d'Élée vs. agitation thermique

Mardi 28 janvier 2020, 17h30, CNRS campus Arnaud de Villeneuve, Amphithéâtre Genopolys (141 rue de la Cardonille)

Dominique de Vienne, Histoire et avatars de la relation génotype-phénotype

Mardi 14 janvier 2020, 17h30, UM IAE, amphithéâtre Robert Reix (campus Triolet, bât. 29)

Denis Vernant, De la nature des "déductions" de Sherlock Holmes

 

Programme 2019

Mardi 10 décembre 2019 (ANNULÉE, reportée au 24 mars 2020)

Thomas Heams, Infravies - le vivant sans frontières

Mardi 26 novembre 2019 (ANNULÉE)

Liesbeth De Mol, Entre analogie et abstraction : une étude des origines de la simulation dans l'ENIAC

Mardi 12 novembre 2019 (ANNULÉE, reportée au 16 juin 2020)

Jean-Pierre Marquis, Thème : philosophie des mathématiques (titre non communiqué)

Mardi 17 septembre 2019

Jean-Paul Van Bendegem, Une nouvelle philosophie pour les pratiques mathématiques

Mardi 25 juin 2019

Emmanuel Sander, L'impératif analogique

Mardi 11 juin 2019

Anouk Barberousse, Les expériences de pensée scientifiques : abstraction, généralité, narration

Mardi 21 mai 2019

Guillaume Tusseau, La distinction entre contrôle concret et contrôle abstrait des normes : de la dichotomie à la nébuleuse

 

Coordination HiPhiS : Laurent Boiteau (CNRS), Thomas Hausberger (UM), Thierry Lavabre (UM), Delphine Bellis (UPVM3)