Séminaire Alter et Ipse

Le 08 juin 2017
Salle 004 à l'Université Paul Valéry - Site Saint-Charles


Séminaire 13 : L’interlocution
(responsable : Camille Gerzaguet)

Augustin en dialogue

 

Agnès Vareille (CPGE A/L partenariale Lycée Jules Guesde – Université Paul-Valéry Montpellier 3),
«  La citation comme dialogue : approche pragmatique de la citation à partir d’extraits de Cicéron dans La Cité de Dieu  ».

Marie Pauliat (Université Jean Moulin Lyon 3),
« ‘Toi donc, ô homme, tout homme !’ » (Aug., s. 60 auct., 4). Parler à tous et à chacun, parler à chacun pour mieux parler à tous. Exemple des sermons d’Augustin d’Hippone ».

 

Université Paul-Valéry, Site Saint-Charles, salle 004

 

Résumé des communications :

Agnès Vareille (CPGE A/L partenariale Lycée Jules Guesde – Université Paul Valéry Montpellier 3), « La citation comme dialogue : approche pragmatique de la citation à partir d’extraits de Cicéron dans La Cité de Dieu »

S’inscrivant dans le cadre d’une réflexion sur l’interlocution, le propos se centrera sur la notion de citation, selon une approche pragmatique. En termes linguistiques, citer un texte, c’est rendre visible l’altérité d’un autre énoncé, c’est insérer un discours étranger dans le sien propre, c’est donc placer l’autre au cœur du même. Chez Augustin, cette délégation de parole est d’autant plus signifiante que le discours de La Cité de Dieu s’inscrit dans un contexte de forte polémique. L’auteur chrétien, quand il cite un auteur classique comme Cicéron, permet l’émergence d’une parole adversative dont il maîtrise la portée par un processus de réorientation, voire de conversion. Dans le même temps, il prouve sa connaissance, voire son attachement à une culture qu’il partage avec ses interlocuteurs. Ce type d’interlocution, dont il nous appartiendra de définir les modalités, est donc le lieu, dans le discours, d’un espace dialogique, dans lequel se font entendre, par le truchement du texte cicéronien,  les voix de personnages historiques, en écho au dialogue que l’auteur noue avec ses contemporains. La citation, par un jeu subtil de réemploi et une habile polyphonie, devient le lieu de la construction d’un sens partagé.

 

Marie Pauliat (Université Jean Moulin Lyon 3), « ‘Toi donc, ô homme, tout homme !’ » (Aug., s. 60 auct., 4). Parler à tous et à chacun, parler à chacun pour mieux parler à tous. Exemple des sermons d’Augustin d’Hippone »

En apparence, le sermon est le type même de l’allocution, discours singulier (c’est-à-dire numériquement un) prononcé devant un public nombreux par un orateur revêtu d’une autorité religieuse. Pourtant, les sermons d’Augustin, qualifiés de « dialogues avec la foule » (A. Mandouze, Saint Augustin. L’aventure de la raison et de la grâce, Paris 1968, p. 591) sont le lieu d’une interlocution constante, dont certains aspects ont déjà été relevés : les auditeurs questionnent Augustin dont ils anticipent les raisonnements ; le feed-back que l’assemblée renvoie au prédicateur influence non seulement les thèmes de prédication, mais encore leur traitement (Rebillard, É., « Interaction between the Preacher and his Audience. The Case-Study of Augustine’s Preaching on Death », Studia Patristica31, Louvain 1997, p. 86-96 ; Pauliat, M., Parole de Dieu, réponses des hommes. Augustin exégète et prédicateur du premier Évangile dans lesSermones in Matthaeum, thèse dactylographiée, préparée sous la direction de P. Mattei, soutenance prévue à l’Université Lumière – Lyon 2 le 26 juin 2017, vol. 1, p. 609-626). Dans cette communication, nous mettrons en lumière un autre aspect, moins étudié, de l’interlocution à l’œuvre dans les sermons augustiniens : dans une même homélie, le prédicateur recourt à des procédés à la fois exégétiques et rhétoriques afin de s’adresser à la fois à tous les auditeurs et à chacun en particulier. À partir de l’exemple du Sermo Denis 25 (72A) et de quelques autres homélies, nous montrerons en particulier comment Augustin transforme les singularités propres à une catégorie de personnes en moyen pour communiquer avec l’ensemble de l’assemblée, redéfinissant l’identité des auditeurs et déplaçant les frontières de l’altérité qui distinguaient hommes et femmes, riches et pauvres ou encore jeunes et anciens. Finalement, nous mettrons ces procédés en perspective avec la conception augustinienne de la prédication, spécialement dans leur interaction avec le contexte liturgique du sermon, spécifique à ce genre d’éloquence.

 

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