Programme 1 : Croyances et lien social

Coordinateurs du programme : Serge Brunet, Michel Fourcade

Le programme proposé rassemble les enseignants-chercheurs du programme 2 du quadriennal précédent. S’ils approfondissent leurs domaines de recherche, ils élargissent leurs problématiques en élaborant de nouveaux champs d’étude et en intégrant des spécialistes d’autres disciplines. Histoire, histoire de l’art, théologie, psychanalyse, philosophie, sciences de l’éducation, musicologie y sont représentées. Le projet se décline en 6 domaines. Il s’agit de croiser les approches, en multipliant les supports, sur des phénomènes de croyances – au sens le plus large du terme –, et de mentalités, sur la production de représentations, pour saisir leur efficience dans l’interprétation des comportements et des faits sociaux. 

Domaine 1. Les dieux de la cité (responsables M. Fourcade, G. Fontaine, M. Nouvel-Kirschléger, J.-M. Bagnol, P. Lacombrade, J. Lauze)

Espérer, croire, communier, légitimer, sacraliser, sacrifier... comme l'avaient noté les fondateurs de la sociologie et de la sociologie religieuse, Comte et Durkheim, pas de société qui ne mette en œuvre, d'une manière ou d'une autre, ces "fonctions religieuses". Attentif aux métamorphoses historiques de chacune de ces constructions collectives, cette recherche s'intéressera aussi aux héritages modernes et contemporains des philosophies et théologies politiques. Il s'inscrit dans une actualité plus générale de la recherche, s'intéressant aux notions de "mystères de l'Etat", de "bien commun", de "religion civile", de "religion séculière", de "sécularisation",  de "liberté religieuse" - et à toutes les configurations de la dialectique Spirituel et Temporel, ou Dieu et César, dans une perspective pluridisciplinaire (histoire, sciences politiques, philosophie politique et philosophie du droit, sociologie, théologie). 

Dans ce Domaine de recherche, « L’économie sociale, faits et doctrine » prend le relais du projet développé dans le Programme 2 du précédent quadriennal, qui concernait les rapports des populations au marché et à ses dysfonctionnements. Il portera sur les tentatives d’organisation du marché sous l’autorité de l’État. Les travaux sur le prix des vins ayant débouché sur une publication commune entre Montpelliérains et Barcelonais (2013), la recherche à venir concernera l’organisation des corps intermédiaires dans la société économique. Le projet de thèse de Jacques Lauze (inspecteur d’Académie retraité) sur la Confédération Générale des Vignerons (CGV) s’inscrit pleinement dans ce programme (G. Gavignaud-Fontaine, avec M. Nouvel, J-M. Bagnol, Ph. Lacombrade, J. Lauze).

Domaine 2. Appartenances, dissidences et affrontements (responsables S. Brunet, B. Schmidt, S. La Rocca, Est. Martinazzo, T. Yamamoto, S. Teulon-Lardic)

Cette étude s’attache à décrypter différentes formes de solidarités qui engagent les acteurs sociaux à prendre conscience de liens qui les unissent. Ceux-ci peuvent alors affirmer une identité commune, les conduire éventuellement à une attitude de dissidence, voire à la stigmatisation, à la diabolisation et au rejet de certains de ses membres (sorcellerie). Ces groupes peuvent aussi choisir de demeurer cachés pour plus d’efficacité (conjurations calvinistes, ligues catholiques, attitudes de certains cercles dévots) et la militance, parfois, conduit également à l’affrontement (déclenchement des guerres de Religion). En multipliant les supports, et donc les approches, ce travail  s’ouvre à la musicologie à travers un projet de recherches sur « La représentation des conflits religieux dans les Cévennes protestantes à l'opéra-comique (1856 -1895) » (S. Teulon-Lardic).

Domaine 3. Sciences, croyances, éthiques (responsables M. Fourcade, G. Vidal, Th. Verdier)

Depuis la "crise biblique" du XIXe siècle l'éthique et la production de valeurs morales est un enjeu disputé entre la Foi(s) et la Science(s), dans le champ épistémologique. L'enjeu théorique et doctrinal se double souvent de frottements sociologiques entre plusieurs types de magistères fréquemment concurrents : évêques, théologiens, "intellectuels", savants, sociologues, sondeurs, experts... Toutes ces disciplines et tous ces spécialistes sont convoqués ensuite pour éclairer telle ou telle "question de société" conflictuelle, et les sociétés contemporaines doivent composer avec un dissensus croissant sur "les valeurs". Ce dissensus s'est notamment porté sur la naissance (statut de l'embryon, contraception, avortement, filiation), la sexualité et le mariage (divorce, polygamie, union homosexuelle)  ou la mort (peine de mort, euthanasie...). S'inscrivant dans une recherche qui mobilise aujourd'hui l'histoire, la sociologie, la philosophie des sciences et celle du droit, les sciences politiques, la psychanalyse, la philosophie et la théologie morale, ce  travail s'attachera donc à l'histoire de ces "questions de société", à la production ou à la contestation des "valeurs", au devenir de l'Etat entre consensus et dissensus

Une recherche est consacrée aux ordres religieux dans la fabrication de la science moderne (Th. Verdier). A partir de l’étude des fonds d’archives conservés en Languedoc et à Rome, ce projet vise à appréhender le rôle des religieux français dans la diffusion des connaissances géométriques aux XVIIe et XVIIIe siècles. De nombreux religieux français, savants et mathématiciens, sont allés se former à Rome auprès du Collège Romain et des couvents de Santa Maria degli Angeli, de Sant’ Andrea delle Fratte et de la Trinità dei Monti. La culture géométrique développée à Rome était très en avance sur le reste de l’Europe. Ces religieux rapportèrent en France des savoirs qui furent à l’origine des découvertes importantes sur les perspectives « curieuses », les sections coniques et tous les travaux sur l’hyperbole, soit tout ce qui constitua, peu à peu, la science de l’ingénieur français. Cette recherche est établie à partir de recherches monographiques confiées à des doctorants. Les principaux personnages étudiés sont : le frère Minime Jean-François Niceron, les pères Minimes Emmanuel Maignan et Charles Plumier, les pères Jésuites Adrien Auzouts, Matthieu de Mourgues et Gilles de Gottignies, le père Chartreux Pierre de Villeneuve,...

Domaine 4. Le visible et l’invisible (responsables P.-Y. Kirschléger, F. Pellicer, J.-F. Galinier-Pallerola)

La dimension transcendante des croyances conduit à la création de pratiques et de rites comme à l'organisation d'espaces spécifiques (qui peuvent être sacrés ou consacrés), pour mettre en relation les hommes et leurs divinités, l'ici-bas et l'Au-delà, le visible et l'invisible. L'essor d'internet, par sa nature même, a d'ailleurs rendu cette dimension "virtuelle" plus sensible, et entraîne des recompositions dont il est d'ores et déjà possible d'analyser les premières manifestations. Cette recherche a pour objectif d'étudier ces productions dans toutes leurs dimensions historiques et sociales, aussi bien sous l'angle des représentations que sous celui de la création artistique.

Domaine 5. Histoire et herméneutique (responsables El. Cuvillier, G. Vidal, M. Boss).

Toute une recherche est envisagée sur le thème suivant : « Littératures canoniques et extracanoniques : conflits herméneutiques et traditions théologiques ». Il s’agit d’un séminaire qui se déroulerait sur 5 années (à compter de la rentrée prochaine). Il déploierait divers aspects de la problématique liée au rapport des trois grandes religions monothéistes à leurs corpus canoniques respectifs et, plus largement, aux écrits de références qui ont vu le jour au long de l’évolution de chacune de ces traditions religieuses (par exemple les « textes symboliques » ou encore les productions philosophiques et théologiques de ces traditions). Dans les processus de formation et de régulation d’une tradition théologique, les conflits herméneutiques sont à la fois la cause et le produit du corpus canonique dont elle se réclame. Il s’agirait donc d’analyser les effets culturels et politiques de cette détermination réciproque entre littératures canoniques et conflits herméneutiques.

Les rencontres conduiraient à étudier l’origine et l’enracinement de ces notions, leurs développements et leurs réinterprétations dans la littérature biblique et extrabiblique, notamment qoumranienne. Avec  D. Nocquet, professeur d’Ancien Testament à la faculté de théologie, El. Cuvillier propose d’intégrer dans ce premier temps du séminaire, des professeurs invités, tel K. Berthelot (Université d’Aix-Provence), Chr. Nihan (Université de Lausanne), Th. Römer (Collège de France), Jac. Assaël (Université de Nice-Sophia Antipolis), F. Vouga (Kirchliche Hochschule de Bielefeld et Wuppertal). Pour la suite du séminaire, après l’approche biblique, la problématique serait étudiée du point de vue de l’histoire de la théologie et de la philosophie sous la direction de G. Vidal et M. Boss, chargés d’élaborer le programme des rencontres et de solliciter les collaborations extérieures.

Domaine 6. Transmissions, croyances, violences (responsables J.-D. Causse, J.-B. Paturet, B. Salignon)

Le projet de recherche Transmissions, croyances, violences fait suite au programme du précédent quadriennal, intitulé « structures inconscientes de la croyance et représentations imaginaires de la communauté ». A partir du champ ouvert par la psychanalyse, il s’agira de s’interroger sur les rapports entre les pannes de la transmission, la crise des croyances et les manifestations de plus en plus fréquentes de violences sous diverses formes.

La psychanalyse, freudienne en particulier, a mis en lumière le fantasme d’un être humain hors de toute transmission et de toute histoire, de tout héritage, d’un monde sans dette fondatrice de toute communauté. S’ouvre aujourd’hui à l’homme occidental un monde sans limites où la recherche de la satisfaction immédiate et de la jouissance sans bornes règne sans partage. L’exploitation du narcissisme par le monde du divertissement détruit les identités collectives, exile les sujets et favorise ainsi la violence et le fantasme de toute puissance et de toute jouissance. Par ailleurs, le « croyable disponible » dont toute culture se fonde, selon Paul Ricœur, a volé en éclat. On peut donc faire l’hypothèse d’une panne dans la transmission des valeurs entre générations, d’une crise des croyances qui ne viennent plus se donner comme un vide fondateur ouvrant sur l’élaboration collective d’un sens partagé.

Dans ce projet de recherche, sera sollicité non seulement le champ de la psychanalyse, mais aussi d’autres disciplines comme la philosophie, l’histoire, les sciences de l’éducation, l’esthétique.

Au champ de l’esthétique sera travaillée la question de la vérité et du poétique. Dans cette perspective, on réfléchira à l’articulation de la psychanalyse et l’esthétique, à un concept transdisciplinaire fondamental : les déclinaisons de la notion de répétition.

Ces 6 domaines conduisent à des recherches plus transversales.

Actions dans lesquelles le Programme se trouve particulièrement associé :

- « Rencontres de Bournazel » (Thierry Verdier).

- Inventaire des sanctuaires et lieux de pèlerinages en France, s.d. Catherine Vincent (S. Brunet).

- Séminaire du Centre Interdisciplinaire d’Étude du Religieux (CIER) – MSH-Montpellier.